Qui sommes-je ?

 Massanissa

coup de coeur

Coup de coeur

« Saladin de Saint-Josse ou l’adieu aux géraniums » a été désigné « coup de cœur du mois » par l’éditeur. L’occasion d’une interview avec l’auteur.

https://www.societedesecrivains.com/parole-aux-auteurs-messin-issa/

En voici le contenu :

  1. Le principal trait de mon caractère ?    Je contiens en moi une bonne dose d’angoisse. L’angoisse qui va bras dessus, bras dessous avec l’anxiété et qui pousse vers la solitude. La solitude qui désole le cœur mais ravit l’esprit. Globalement, je peux dire que je suis un homme ceint, avec un caractère d’oursin.

  1. La qualité que je préfère chez un homme / une femme ?    La capacité de se détacher de ses biens matériels (et de me les refiler…). Je suis un peu bouddhiste. A ma façon…

  1. Mon mot préféré ?    Spatule. C’est un mot parfait. Souple et robuste. Des consonnes bien sonores. Il contient les lettres qui distinguent le français des autres langues. Le « S » sans lequel on ne pourrait plus « se » parler. Le « P » qui n’existe pas en arabe où « Papa » se dit « Baba ». Le « A » souvent auxiliaire, mais qui, avec une casquette sur la tête, devient vite une préposition de taille. Le « T » du tutoiement qui n’existe pas chez les Anglais. Le « U » qu’il est vain de vouloir faire prononcer à un Espagnol à qui il donne des torticolis de la langue. Le « L » qui décide du genre et définit le singulier et le pluriel et qui fait enrager les apprentis de la langue française. Je lui consacre d’ailleurs dans mon livre un passage dans lequel je propose qu’on instaure une « Médaille de la spatule » pour mérite rendu à la langue française…

  1. Un mot que je déteste ?    Nénuphar. Voici un mot qu’on ne risque pas de rencontrer dans mes écrits. Je lui ai interdit dePage couverture 900.1342 s’approcher à moins de 500 m de mon ordinateur et de mes stylos. Je le hais. Ça remonte à mes années de collège. On étudiait un texte sur un griot africain. Il y était question d’un « nénuphar » que j’ai pris pour un instrument de musique du fait que le terme résonnait comme « neffar » qui désigne une espèce de trompette très appréciée au bled. Je devins la risée de la classe. La presque totalité des élèves ignoraient ce qu’était un « nénuphar », mais c’est une règle : celui qui ne sait pas et se tait peut se moquer de celui qui parle mais qui se trompe. On commença même à m’appeler Nénuphar, puis juste « Nénu » pour faire plus affectueux, mais, heureusement, ça n’a pas duré. Je ne comprends d’ailleurs pas comment on peut donner un nom si tordu à une fleur. Les fleurs ça a de jolis noms. Des noms qu’on lui pique pour les donner à nos douces créatures. Des noms qui ornent des stars et des célébrités comme (Amber) Rose, Anémone (l’actrice et scénariste française), Sylvie (Vartan), Marguerite (Duras, Yourcenar…). Mais qui va donner le nom de Nénuphar à sa fille ? L’Académie française devrait le supprimer. On a déjà lotus. Le supprimer d’autant que ce n’est pas un terme français de souche… Un immigré. Il viendrait de la Perse ou de plus loin encore. Le supprimer carrément ou, à la rigueur, le changer. On pourrait lui donner le nom d’une star (pour une fois ce sera une star qui donne son nom à une fleur). Angelina (Joly), par exemple. Ou même le mien. On pourrait alors dire « Tiens, on va cueillir des messinissas ». Ça résonne bien, je dois dire. Comme ça, j’aurais eu ma revanche sur l’humiliation du nénuphar…

  1. Ma drogue favorite ?    La vodka. Mais ce n’est pas vraiment une drogue. Une alliance, plutôt. Alliance matrimoniale. On s’aime… Nous nous sommes jurés fidélité, soutien et solidarité pour toujours. absolut_vodkaUne longue et belle histoire d’amour que je raconte dans mon livre. Pourvu que ça dure…

  1. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?    J’aime bien quand ils m’empruntent de l’argent. Généralement, tout de suite après, ils disparaissent, mais je sais qu’ils pensent à moi et j’en suis ému. Je suis d’autant ému que, souvent, je ne les revois plus jamais.

  1. Mon juron, gros mot ou blasphème favori ?    Dans mon bled, on insultait surtout la religion de Dieu. C’est bizarre, mais, je vous assure, ça résonne bien et ça donne de l’effet. Ça convient à toutes les situations : colère, agressivité, protestation et même admiration… J’imagine que ce n’est plus le cas avec le régime de « tolérance » qui s’est instauré dans le pays. Mais s’est resté chez moi. Le problème est que c’est un juron qui ne peut se dire qu’en arabe. Quand il faut jurer en français, pour faire plus civilisé, je me contente de « purée », en allongeant la terminaison « rée » en en l’accompagnant d’une moue, comme celle d’un constipé en quittant le siège royal, pour que ça soit plus un juron qu’une simple interjection…

  1. L’homme ou la femme que je choisirai pour illustrer un nouveau billet de banque ?    Mon premier amour et le concierge de notre immeuble. Une façon de les récompenser pour leur présence perpétuelle. L’un est toujours présent dans mon esprit, l’autre est toujours présent en bas de l’immeuble. Il faudrait en tout cas arrêter de mettre des effigies de personnes souvent inconnues sur les billets de banque. Une table de multiplication, des recettes de cuisine, des conseils médicaux seraient beaucoup plus judicieux.

  1. Le métier que je n’aurai pas aimé faire ?    Roi, président, pape… Ces gens-là ne peuvent jamais se gratter le derrière en public. Même si la démangeaison est très forte. Je les plains. Moi, je suis jaloux de cette liberté de me gratter où je veux, quand je veux. C’est pour ça que je n’ai jamais été roi, président ou pape. Et je ne le serai jamais. Juré !

  1. La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel j’aimerai être réincarné ?   Sûrement en scorpion. Non pas parce qu’il est redoutable, mais parce qu’il peut mettre fin à sa vie quand il sent qu’il est perdu. Le suicide du scorpion est certes nié par certains (on estime qu’il se suicide « par accident »), mais il n’en demeure pas moins qu’il a possibilité de s’injecter son venin et de mettre fin à un calvaire. Je pense malheureusement à toutes ces victimes de l’Etat islamique qu’on a vus faire rôtir comme des saucisses… Si l’homme avait la possibilité de mettre fin à sa vie en s’injectant une scorpion-1substance contenue en lui-même, comme dans l’euthanasie, il s’éviterait tellement de souffrances.

  1. Mon principal défaut ?    Je n’en ai pas. Ni principal, ni secondaire. Mais des tares, oui certainement, des handicaps aussi et quelques vices. Mais de défaut, non, aucun. A part un défaut chronique de paiement…

  1. Ce que je voudrais être ?   Je voudrais être l’Europe. Me donner un bon coup de pied au cul et me dire « Lève-toi, imbécile, ne vois-tu pas que tu es en train de couler ? ». On a chaque jour des nouvelles d’embarcations qui chavirent dans la Méditerranée. L’Europe en est touchée. Elle accourt au secours des naufragés. Mais elle ne se rend pas compte qu’elle-même est en train de couler. C’est le plus grand bateau qu’on ait jamais construit qui va se retrouver au fond des eaux. Le Titanic a coulé en heurtant un iceberg qu’il n’a pas vu. L’Europe  a construit un iceberg et fonce droit dedans. C’est là, en quelque sorte, le sens que je voulais donner à mon livre.

  1. Mes auteurs favoris ?   Je suis très classique. C’est surtout Chateaubriand, mais aussi Racine, Prospère Mérimée, Maupassant, Zola, Malraux, Sartre et Hemingway. Les poètes russe Lermontov et l’Ecossais Robert Burns, celui qui nous a laissé « Ce n’est qu’un au revoir mes frères… ». Parmi les contemporains Dan Brown et Houellebecq.

    Miki le Ranger

  1. Mes héros favoris dans la fiction ?   Tchen dans « La condition humaine » de Malraux, Miki le ranger et ses compagnons, Double-rhum et le Dr Saignée, en bandes dessinées.

  1. Mes héroïnes favorites dans la fiction ?    Colomba de Prospère Mérimée et Calamity Jane, la pétulante amie de Lucky Luke. Je l’adore, la Jane. Je l’aurais volontiers demandée en mariage.  CalamityJane2

  1. Mes héros dans la vie réelle ?   Des femmes et des hommes politiques comme la reine kabyle Kahina qui combattit l’envahisseur islamique et qui restera pour toujours un symbole de résistance et un exemple du refus de la soumission. Je citerai aussi Dolores Ibarruri, la Pasionaria espagnole, et Golda Meir, la « Grand-mère d’Israël ». Parmi les hommes, je vénère les héros des luttes d’indépendance d’après-guerre comme Patrice Lumumba, Kwame N’Krumah, Ho Chi Minh, Che Guevara…

  1. Ce que je déteste par-dessus tout ?    L’obséquiosité. C’est quand l’homme cesse d’être un homme pour devenir un paillasson. Parfois c’est tout un peuple qui se fait paillasson.

  1. Mon état d’esprit actuel ?    Purée ! Mais stressé et agité… Comme toujours.

  1. Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?    Les fautes de grammaire… J’en vois partout. Même chez moi.

  1. Ma devise ?   Je ne suis pas, donc j’existe. Du verbe suivre…

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